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Conférence Débat du 06 novembre 2003

Après sa première conférence organisée le 16 juin 2003 autour de personnalités du journalisme, AQIT (acuité) a organisé le 6 novembre 2003 une seconde conférence. Si la question reste la même « comment améliorer la qualité de l’information ? », elle était cette fois posée à un panel d’universitaires et chercheurs en sciences de l’information, et non des moindres.

 

Quatre personnalités nous ont fait l’honneur de leur présence :

 

Jean-Marie Charon, sociologue des médias au CNRS

Rémy Rieffel, Professeur en sociologie des médias à l’ Institut Français de Presse – Paris II

Bernard Miège, Professeur en sciences de la communication à l’Université Stendhal de Grenoble. Titulaire de la chaire Unesco en communication internationale.

Bertrand Labasse, ancien journaliste, enseignant à l'Université Lyon 1 et à l’ESJ Lille.

 

Pendant un peu plus de 2 heures, devant une centaine de personnes, majoritairement des étudiants en journalisme et communication, réunie au CFD, école des métiers de l’information à Paris, les intervenants ont apporté leur éclairage à la question « comment les citoyens reçoivent et analysent l’information ? »

 

Rémy Rieffel explique quelques points fondamentaux de la recherche en sociologie des médias. Les médias ne disent pas ce qu’il faut penser, mais ce à quoi il faut penser; ils hiérarchisent les événements, en donnent le calendrier et peuvent parfois offrir un cadre d’interprétation de l’actualité. Le modèle de « la piqûre » (on injecte un message, et il est assimilé) n’a plus de sens pour les chercheurs. Aujourd’hui la sociologie des médias estime que la réception de l’information est complexe et multiforme : la manière dont le public interprète une info dépend du type de média qui la véhicule, de sa présentation, de l’intérêt du récepteur pour le message, de son capital culturel, de son milieu social.. En fait le contexte de réception est crucial, en particulier les gens avec qui on parle de l’information, le réseau de relations interpersonnelles. Un jeune enfant ne regarde pas de la même façon des images violentes selon qu’il est seul ou non devant son poste télé.

 

Sur ce point, Jean-Marie Charon explique que la recherche sur la réception est surtout le fait des américains pour des raisons politiques et historiques, et que la production française en la matière est faible. Cette recherche va à l’encontre des préjugés des médias et de leurs sources, qui restent convaincus que la piqûre et le matraquage suffisent. De plus, cette recherche nécessite des moyens financiers et matériels considérables, pour travailler sur de grands échantillons et vérifier chaque hypothèse de travail.

 

Rémy Rieffel estime que la multiplication de l’offre d’information et que l’inflation du nombre des titres de presse, des chaînes de télévision, des réseaux multimédias, n’entraînent pas mécaniquement une meilleure information générale du public, une meilleure compréhension  des événements. Cette relation n’est pas prouvée. On constate en effet par exemple que la croissance de la presse magazine permet une spécialisation du lectorat par « niches ». Il en va de même pour les chaînes thématiques...

 

Pour Rémy Rieffel, il est difficile de savoir quelle est la part qui revient aux médias et celle qui revient aux citoyens dans la réception et la compréhension de l’information. En outre, le milieu journalistique ne se soucie guère de connaître la manière dont son public reçoit l’information. Tout d’abord par paresse intellectuelle, mais aussi parce que les responsables du marketing renâclent à partager l’information dont ils disposent sur le lectorat. Il existe une forme de distanciation qui fait que les journalistes travaillent souvent pour leurs sources, pour leurs pairs, et pour ceux qu’ils côtoient. A cela s’ajoutent les contraintes économiques, la précarisation de la profession, la course à l’immédiateté et à « l’infotainment ».

 

Pour Bernard Miège, les responsables de médias n’ont pas intérêt à savoir ce qui se passe, ce que leur public comprend. Ils se contentent d’un système relativement stable dans lequel les messages réussissent ou non, où la cible prend ce qui l’intéresse. Les journalistes semblent unis pour ne pas se poser de questions, mais l’individualisation de la consommation de l’information est un phénomène qui les dépasse. Selon lui, il faut se tourner vers les publicitaires, qui eux s’intéressent au lien entre message et récepteur. Internet permet de trouver des infos en dehors des médias, la production de l’information est en train d’échapper en partie aux médias.

 

Bertrand Labasse souligne l'importance de l'expertise journalistique. Pour lui, la pratique du journalisme repose sur des représentations souvent erronées du public. Il estime que les outils conceptuels et techniques enseignés aux journalistes sont en partie défectueux : ils sous-estiment la capacité du public à comprendre, mais surestiment généralement son intérêt spontané. Dès lors, la question est d'intéresser les gens à l’information, ce qui est d'autant plus important que les médias sont la principale instance de diffusion des connaissances une fois que le citoyen est sorti de l’école. L’aspect relatif des niveaux de connaissance préalables est très important, car le flot d’information accroît les différences entre connaisseurs et non-connaisseurs au lieu de les réduire.

Le problème fondamental, que l'on veuille une société plus éclairée ou des journaux plus prospères, est de savoir comment dépasser le cénacle des "bons élèves du corps social" pour permettre aux informations importantes d'être pertinentes pour le plus large public possible. L'information étant un jeu à somme nulle, les sujets complexes sont en concurrence cognitive directe avec les contenus distractifs qui portent sur les vedettes ou les loisirs. Mais on ne peut se contenter d'imiter ces derniers, ce qui viderait les informations de leur substance. Aux USA, une étude a montré que la première cause d’autocensure de la part des journalistes vis-à-vis des informations qu'ils jugent importantes est le sentiment qu'elles sont trop compliquées ou ennuyeuses. C'est là une forme de passivité qui repose probablement moins sur les limites du public que sur les limites techniques d'une partie des professionnels. Le public n'est pas idiot, loin de là, mais c'est aux journalistes de l'intéresser, non pas en sur-simplifiant l'information mais en la problématisant et en lui donnant du sens.

 

Quelles sont les pistes de solution à envisager ?

 

Rémy Rieffel privilégie la formation des journalistes qu’il convient d’améliorer et souhaiterait que les responsables des médias, en particulier les patrons de presse, acceptent la confrontation avec les chercheurs et avec les citoyens sur ces questions. Il déplore aussi l’absence de sanctions professionnelles ou la non-publication de celles-ci. Du côté des citoyens, l’éducation à l’image devrait se faire plus tôt et plus régulièrement dans le parcours scolaire. Les utilisateurs des médias peuvent et doivent faire pression, user du droit de réponse, développer des lieux de débats pour atténuer la relative surdité des journalistes.

 

Pour Jean-Marie Charon, la réponse est à chercher dans la formation des journalistes. Qu’est-ce qu’on doit leur apprendre ? Faut-il ou non être spécialisé ? Quelles sont les connaissances minimum requises par la profession pour comprendre un monde de plus en plus complexe ? Des systèmes de sanction ne feraient que déresponsabiliser la communauté des journalistes. Il vaut mieux favoriser des publications critiques sur les médias.

 

Pour Bertrand Labasse, il faut concilier recherches et pratiques afin de développer les savoir faire et les connaissances professionnelles. Des études montrent par exemple que la qualité et les chiffres de ventes sont liés, ce qui est un point important pour convaincre les médias de l'importance stratégique de travaux approfondis sur ces questions. Une voie prometteuse, actuellement en cours d'examen, serait de fonder un centre technique commun consacré aux études de presse.

 

Pour Bernard Miège, enfin, il n’y a pas de solutions miracles. Il faut se tourner vers la formation des journalistes et encourager les services publics de l’information à montrer l’exemple.

 

 

Citoyens et médias, ensemble pour la qualité de l'information!                            Pour exercer un choix libre dans la Cité il faut  disposer d'informations exactes et avoir une capacité d’analyse permettant de les assimiler et de les hiérarchiser pour se forger une opinion. Les journalistes et les médias jouent un rôle fondamental : les informations qu'ils transmettent doivent permettre  à chacun d'augmenter son acuité intellectuelle et politique.

AQIT regroupe des citoyens passionnés par l’actualité et les médias, journalistes, chercheurs, pour :

- débattre des enjeux de la production médiatique en France et dans le Monde,

- définir la notion de qualité de l’information avec la communauté des journalistes,

- mettre en place des actions qui tendent à augmenter l’acuité politique et intellectuelle des citoyens.

 

 

 

Pour participer à une réflexion collective sur l’amélioration de l’information au profit de la communauté publique. Pour réfléchir, avec les journalistes et non contre eux, monter des projets, des conférences, des rencontres… Rejoignez-nous !

 A.Q.I.T. ("acuité")Association pour la Qualité de l’Information  - 75 avenue Philippe Auguste, 75011 PARIS -   contact@aqit.org